Assez curieusement, on peut penser que le groupe new-yorkais s’est complu à brouiller les pistes dans les semaines qui ont précédé la sortie de ce quatrième album. En effet, et après que le quatuor ait précisé que le sessions avaient accueilli – entre autres – The Neptunes, ou Diplo, la planète entière s’était à l’avance retrouvée toute frétillante à l’idée de se voir proposer un produit idéal pour pistes de danse.
Sauf que Magic Hour creuse plus volontiers et généralement son sillon dans les tempi medium de ballades en mineur, à telle enseigne que la marque de fabrique de la house d’un Calvin Harris se dilue presque totalement dans l’esthétique d’un refrain retenu comme celui de « Only The Horses ». Jusque dans la puissance pop de « Shady Love », les clins d’œil à l’univers du merengue (« Let’s Have A Kiki »), les emprunts revendiqués au disco des années 1970 (« Baby Come Home », en ouverture de l’opus, et en écho référencé au précédent tube « Take Your Mama Out »), chaque mesure résonne comme l’orgueilleuse affirmation que les Scissor Sisters souhaitent plier les canons du genre (en l’occurrence e la dance pop) à leurs propres visions et intentions, et pas le contraire.
Et envisagent peu ou prou de s’éloigner de la camp culture, et de la fièvre des discothèques, pour embrasser voracement le courant plus majestueux de la pop adulte. En ce sens, Magic Hour s’appuie sur une étourdissante juxtaposition de styles (grosso modo, d’Abba à Boney M, en passant, naturellement, par Elton John ou The Bee Gees), qui fait que, tel un haricot sauteur mexicain, le disque ne sonne jamais exactement comme on pouvait s’y attendre.
Huit années après avoir transformé le « Comfortably Numb » du Pink Floyd en invraisemblable hit pour dance-floors, les Scissor Sisters confirment qu’ils sont un groupe unique, dont le flamboiement quasi génétique se double ici d’une profonde réflexion quant à la manière optimale de sublimer ce flamboiement. Impressionnant.
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