Elles n’étaient même pas nées, les quatre Anglaises de Goat Girl, quand, dans le Nord-ouest des États-Unis (Seattle, Olympia, Portland) au début des années 90, d’autres filles montraient les dents et jouaient du rock viscéral entre sœurs d’âme, la tête haute. Pourtant, quand on a entendu le magnifique premier album de Goat Girl en 2018, on a repensé à cette scène indé féminine (et féministe) de cette époque-là. Même urgence, même sens du collectif, même amour des guitares et du rock à l’ancienne, joué avec la fraîcheur et l’entièreté de leurs 20 ans. Un gang autant qu’un groupe. Ce deuxième album est encore plus fort, parce que, sans rien concéder à ce qui fait le style du groupe, il va voir ailleurs. Du côté de la dance d’abord. Sur les guitares acérées viennent se greffer des beats dance qui emmènent les chansons vers plus de transe. Et puis le groupe, jusqu’alors banalement incarné par sa chanteuse à la voix aussi chaude qu’éthérée (Lottie Cream), a procédé à une nouvelle répartition des rôles. Les harmonies vocales sont omniprésentes et sophistiquées, le duo basse-guitare porte toutes les chansons, la palette instrumentale est plus large, le chant lead parfois partagé. On avait déjà entendu l’influence du post-punk et du blues chez Goat Girl. On reconnaît maintenant la soul et le ska, métamorphosés par la production kaléidoscopique de Dan Carey. Ce disque d’un groupe qui a grandi s’écoute très fort, au risque de se fâcher avec ses voisins, ou de s’en faire des amis pour la vie. © Stéphane Deschamps/Qobuz