En six mois, Neil Young perd deux proches emportés par des overdoses d’héroïne : son guitariste Danny Whitten et son roadie Bruce Berry. Logique que l’album qu’il enregistre dans la foulée en août et septembre 1973 (mais qui ne paraîtra qu’en juin 1975, après On the Beach donc) soit d’une rare noirceur… A des années-lumière de Harvest, le trip introspectif de ce sixième opus se nourrit de ces drames personnels qu’il mêle à l’ambiance oppressante qui règne alors aux États-Unis. Violences urbaines, consommation croissante de dope, guerre du Vietnam et utopie hippie chahutée alimentent sa partition sombre mais sublime et poignante. Même l’instrumentarium déballé sur Tonight's the Night est chancelant, entre un piano vacillant et une pedal steel à l’économie. Du dépouillé pour mieux souligner la beauté des mélodies comme sur les bouleversantes ballades Tired Eyes, New Mama, Borrowed Tune ou sur le blues de fin de soirée Speakin’ Out… Après Time Fades Away et On the Beach, Tonight’s the Night boucle la “ditch trilogy” de Neil Young (la trilogie du fossé). Trois albums qui, à l’époque, rencontrent un succès critique et public mitigé mais finiront par compter parmi les plus importants des années 70. © Marc Zisman/Qobuz