Henri Dutilleux, dont nous célébrerons le 100e anniversaire de la naissance le 22 janvier 2016, fait son apparition sur Terre quelques mois avant la création d’une des toutes dernières œuvres de Debussy : la Sonate présentée sur ce disque, pour violoncelle et piano. A l’auditeur de se faire sa propre religion quant à savoir quelle pourrait être la filiation, à l’écoute de ladite Sonate précédée des Strophes sur le nom de Sacher puis à celle de Tout un monde lointain, des œuvres de la grande maturité de Dutilleux qui les a écrites toutes deux pour Rostropovitch. C’est ici la violoncelliste Emmanuelle Bertrand, accompagnée par Pascal Amoyel pour Debussy et le Luzerner Sinfonieorchester pour l’hommage de Dutilleux au monde lointain chanté par Baudelaire, qui nous offre sa lecture de cet arc de musique française dans la continuité de sa déjà fort impressionnante discographie. © SM/Qobuz
Dans Tout un monde lointain, « [...] James Gaffigan et les musiciens de Lucerne [...] prolongent l'élan dominateur du violoncelle, entrent en résonance avec lui, le sollicitent pour un voyage dans un monde irréel et visionnaire. D'autant que le jeu d'Emmanuelle Bertrand, superbe et acéré, soucieux du détail comme de la grande ligne, montre, dès les cadences initiales d'"Enigme" et le rêve éveillé du premier mouvement lent ("Regard"), une austère puissance dramatique. À rebours de l'approche plus ample et narrative de Poltéra (Bis), un des meilleurs depuis l'incontournable Rostropovich (Warner), elle insuffle à ses phrasés une tension exceptionnelle et quasi constante.» (Diapason, décembre 2015 / Patrick Szersnovicz)